En conversation avec Laurence Goder et Arshad Mamode

Rencontrez deux passionnés d’urbanisme et de villes intelligentes qui façonnent l’avenir urbain avec créativité et engagement. Nos collègues Laurence Goder et Arshad Mamode, respectivement Senior Urban Planner and Designer et Business Development, Urban Planning & Design Manager de notre cluster Property, partagent une vision commune : créer des espaces mémorables, sûrs et durables. Ils nous dévoilent ce qui les a attirés vers cette profession, leurs rêves pour les villes de demain, et les défis majeurs auxquels ils font face aujourd’hui. Pour en savoir plus sur leur aventure professionnelle et leur approche collaborative visant à transformer nos paysages urbains et ruraux, lisez l’entretien ci-dessous.

 

1.Parlons d’abord de votre passion commune pour l’urbanisme et les villes intelligentes. Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt pour ce domaine ?

Laurence Goder : C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert cette profession. Je n’avais jamais entendu parler d’urbanisme durant mes années de collège. C’est en parcourant les différentes brochures universitaires à la fin de mes études secondaires que j’ai croisé le terme « Urban and Regional Planning ». Ce terme a attiré mon attention et j’ai décidé d’en apprendre davantage sur le sujet. C’est en lisant et en me mettant en contact avec des urbanistes que j’ai découvert à quel point ce domaine englobe une multitude de disciplines telles que l’environnement, le social, l’économie, l’architecture, la santé et la politique entre autres. Mais ce qui m’a surtout fascinée, c’est le rôle que joue la ville dans la vie de tout un chacun, façonnant notre expérience quotidienne et notre interaction avec le monde qui nous entoure.

Arshad Mamode : De nombreux urbanistes sont tombés amoureux de la planification avec les jeux vidéo Sim City et GTA et je ne suis pas très différent, car mes années de collège étaient consacrées à la construction de villes ou à l’errance virtuelle dans les rues de San Andreas ! Je dirais aussi que mon amour pour l’art à l’école et mon vif intérêt pour l’environnement m’ont naturellement conduit vers l’urbanisme. Ma profession me permet aujourd’hui d’insuffler de l’art dans l’environnement et de créer des espaces mémorables pour les gens.

2. Si vous pouviez façonner la ville de vos rêves, quelle serait-elle ? 

LG : La ville idéale serait un lieu où la nature est célébrée et les espaces verts abondent. Ce serait une ville qui se développe avec et pour les Mauriciens, une ville à taille humaine, propice à l’échange communautaire et à la célébration de notre culture et de nos diversités. Une ville où le bien-être est mis en avant avec des allées piétonnes, des pistes cyclables et des espaces verts invitant à une vie active en plein air. Une ville où les enfants grandissent en toute sécurité et quiétude, avec des espaces dédiés à leur épanouissement. Une ville où le passé et l’héritage sont valorisés, offrant à tous les Mauriciens la possibilité de vivre, travailler et s’épanouir dans un environnement beau, durable et inclusif.

AM : La ville de mes rêves serait un endroit où la nature est célébrée ouvertement. Une ville qui parvient à atteindre le juste équilibre entre son environnement, son tissu social et une économie saine. Une ville où nous plaçons les gens au cœur de notre développement. Une ville où les espaces entre les bâtiments débordent de vie et de bonheur…

3. Comment arrivez-vous à accorder vos différentes sensibilités et approches sur vos projets communs ?

LG : Nous avons tous les deux des expériences, des forces et des parcours différents, et c’est cela qui fait la beauté de cette équipe. Malgré notre approche différente sur chaque projet, nous entamons souvent les mêmes étapes. Il y a tout d’abord la visite du site, l’analyse du contexte et l’étude topographique. Ensuite, nous passons à la phase de conception où nous explorons différents scénarios. Nous discutons et collaborons systématiquement sur tous les projets, échangeant et remettant en question nos idées. En tant que propriétaire terrien, Alteo a un grand rôle à jouer dans le développement et la préservation de la région Est et c’est grâce à cette collaboration que nous nous assurons que tous les masterplans que nous produisons sont à la fois robustes et durables.

AM : Les urbanistes sont connus pour être polyvalents. Mon parcours professionnel est différent de celui de Laurence. Notre stratégie et notre approche pour aborder un masterplan sont différentes. Ce qui est commun, c’est notre fort désir de créer des espaces mémorables, sûrs et sains pour les gens. En équipe, notre différence de compétences et d’expériences rend notre projet plus robuste et résilient. Nous continuons à ‘challenger’ nos idées et nos principes de design sur un projet jusqu’à ce que nous soyons à l’aise avec la direction du masterplan.

4. Selon vous, quels sont les défis les plus importants auxquels les urbanistes sont confrontés aujourd’hui ?

LG : Les urbanistes font face à une série de défis majeurs, dont les plus importants sont l’adaptation au changement climatique et la croissance de la population. A Maurice, le changement climatique et le développement à outrance augmentent les risques tels que la montée du niveau de la mer, le urban heat island effect et les flash floods encourues à travers le pays. Nous observons aussi un changement dans les tendances démographiques : auparavant les personnes préféraient la ville mais nous constatons ces dernières années une préférence pour les régions rurales, mettant ainsi la pression sur ces zones encore préservées, intactes et authentiques. Il est donc important de planifier efficacement afin de fournir des logements et des infrastructures adaptées à cette demande grandissante tout en intégrant des solutions durables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger notre environnement et nos ressources naturelles. Par ailleurs, le manque de reconnaissance de la profession d’urbaniste constitue également un défi majeur à surmonter car en tant qu’urbanistes à Maurice, nous avons un rôle crucial à jouer dans la lutte contre le changement climatique.

AM : Le défi mondial auquel les urbanistes sont actuellement confrontés est le changement climatique. Le changement climatique pousse beaucoup d’entre nous à penser différemment et à revoir notre approche de la planification de nos villes et villages. Les urbanistes doivent inclure la résilience climatique dans leurs plans urbains, en préservant les écosystèmes naturels qui peuvent aider à atténuer ces risques, en développant des infrastructures capables de faire face à ces événements extrêmes, la préservation des zones humides et la promotion des espaces verts. Les villes sont responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons la responsabilité en tant qu’urbanistes de concevoir des espaces urbains ou ruraux qui favorisent les énergies renouvelables, de promouvoir la non-dépendance aux combustibles fossiles, tout en trouvant des solutions innovantes pour encourager les modes de transport durables.

Un des autres défis à relever pour l’urbaniste à Maurice, c’est le fait que la terre est une des ressources rares du pays et il est donc nécessaire de réduire l’expansion urbaine et son impact sur notre environnement. En tant qu’urbaniste, nous devons réfléchir à la manière dont nous façonnons nos zones rurales et nos villes. L’accent a été largement mis sur les zones urbaines au cours des 20 dernières années et il est grand temps pour les urbanistes de se doter des outils, des compétences et des connaissances nécessaires pour façonner désormais nos zones rurales pour une Maurice équitable et durable.

5. Comment l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’urbanisme peut-elle contribuer à améliorer la conception et la gestion des villes ?

LG : Les nouvelles technologies ont considérablement enrichi notre travail chez Alteo. Depuis notre arrivée, nous avons exploré, testé et intégré plusieurs softwares et équipements qui améliorent et accélèrent notre travail. Par exemple, l’utilisation des drones pour des relevés topographiques et de différents logiciels de modélisation 3D nous permettent non seulement de visualiser les futurs projets de développement, mais aussi de produire notre travail de manière plus efficace et efficiente. Nous parlons aussi énormément des Smart Cities, qui encouragent des solutions intelligentes basées sur des données pour optimiser la gestion de l’eau, de l’énergie et des déchets par exemple. Cette approche permet ainsi de réduire l’empreinte écologique des villes en les rendant plus durables et résilientes.

AM : Les nouvelles technologies ne peuvent qu’améliorer nos flux de travail. Chez Alteo, nous avons plus d’un tour dans notre sac comme l’utilisation de drone à des fins de planification. Avant de démarrer un concept, le drone nous aide à étudier, identifier des structures patrimoniales ou des arbres matures, créer une carte topographique ou des structures 3D. Nous générons quotidiennement des modèles 3D à l’aide de logiciels professionnels pour mieux illustrer nos idées de projets. Tous ces éléments nous aident à créer un plan directeur plus éclairé et plus solide.

La technologie est au cœur de la planification urbaine. De nombreuses villes ont désormais recours à l’IA pour analyser les données, surtout démographiques. Les infrastructures IoT (Internet des objets), en particulier dans les villes intelligentes, sont utilisées pour prendre des décisions éclairées afin d’améliorer la vie des résidents. Ces technologies changent la façon dont nos villes sont planifiées et vécues.

6. Si vous deviez résumer votre aventure professionnelle en une phrase, quelle serait-elle ?

LG : Mon aventure professionnelle a été enrichissante, et gratifiante. J’ai eu la chance de visiter des sites merveilleux, de voir des projets sortir de terre et de contribuer à la création des villes et des espaces de vie pour les prochaines générations.

AM : Mon aventure professionnelle pendant les 14 dernières années a été passionnante. J’ai eu l’occasion de parcourir des paysages urbains et ruraux, alliant créativité et praticité pour façonner des communautés dynamiques et durables. Mon parcours restera toujours dédié à favoriser des villes inclusives et résilientes qui prospèrent face aux défis du 21e siècle.

 

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